





Dans mon enfance, je n’avais, pour seule compagne, que mon imagination pour voyager.
J’ai traversé des pays, des continents dans ma petite chambre. j’ai orné mes cahiers de poésies, de ces plus beaux paysages, j’ai couru entre les arbres de mes rêves. Sur le chemin de terre qui menait au jardin, mon papa traçait de jolis carrés, les légumes poussaient en rang droit comme des I . Parfois, il y ajoutait des tuteurs pour les aider à prendre de la verticalité, et ainsi se dresser vers le ciel .Ces tuteurs étaient de toutes les couleurs, de bric et de broc, je pouvais les voir danser au gré du vent, chanter en fin de soirée, où l’orage pointait le bout de son nez comme un grand orchestre. Il me racontait des histoires d’un pays lointain qu’il avait aimé, et quand l’orage arrivait, il était émerveillé tout comme moi de cette puissance naturelle. Ne prends jamais la même route mon fils, les habitudes ne sont pas bonnes à prendre. En ces moments incertains, laissez moi vous conter l’histoire de mes promenades, donnez moi votre main, laissez moi vous ouvrir un bouquet de couleurs, vous lire les cartes postales de mes boîtes à lettres. Ne comptez plus sur moi pour grimper sur les plus hautes collines de ce monde ni pour nager dans les plus belles mers. Je suis de travers, mon corps ne veut plus se dresser face au ciel, je vois le monde en diagonale et, au loin, ce château indomptable que j’ai rêvé d’investir ; il est là, face à moi aujourd’hui. Tel un Don Quichotte devant son moulin, je m’accroche malgré la dureté de ce sol que je n’arrive plus à sentir. Mon pied est collé à cette terre.
Seb Russo
